Note 

 

Je duplique actuellement le blog que vous pourrez également retrouver sur http://dicocroate2.over-blog.com/

Le contenu sera le même mais la présentation un peu plus classique.

Comme cela me prend un certain temps la continuation de ce blog-ci est un peu ralentie ces derniers jours.   

L'Institut Ruđer Bošković


Fondé en 1950, l'Institut Ruđer Bošković est un organisme de recherche situé dans le quartier de Šalata à Zagreb et qui a pour objet d'étudier les sciences.

C'est le principal institut de recherche croate dans le domaine des sciences naturelles et de la technologie. Le nom de l'Institut, en l'honneur du grand scientifique Ruđer Bošković, avait été proposé par l'un de ses fondateurs, le physicien Ivan Supek.

L'institut a un caractère multidisciplinaire : il emploie plus de 500 universitaires et étudiants travaillant dans le champ de la physique expérimentale et théorique, de la chimie et de la physique des matériaux, de la chimie organique et physique, de la biochimie, de la biologie moléculaire et de la médecine, de la recherche environnementale et marine ainsi que des sciences de l'informatique et de l'électronique.

En Croatie l'Institut Ruđer Bošković est une institution nationale qui se consacre à la recherche, à l'enseignement supérieur et à fournir un appui à la communauté universitaire, aux pouvoirs gouvernementaux et locaux ainsi qu'à l'industrie reposant sur les technologies. Au niveau de l'Union européenne l'institut fait partie de l'Espace européen de la recherche. A l'échelle mondiale il collabore avec de nombreux organismes de recherches et universités qui partagent les mêmes visions et valeurs.


La bibliothèque de l'Institut Ruđer Bošković
 
La bibliothèque est située à Zagreb et Rovinj, comme l'institut lui-même. Les collections comprennent à peu près 21.000 livres, 800 thèses (Ph.D.) et mémoires, 1.000 titres de revues imprimées (à peu près 60 abonnements en cours), l'accès à plus de 200.000 revues et banques de données électroniques ainsi qu'une collection de CD-ROMs. Les utilisateurs sont principalement les personnels de l'institut lui-même, mais il y a également une ouverture au public. La bibliothèque est un membre actif d'EURASLIC (elle participe à ODINECET, MedSIG, au catalogue IAMSLIC Z 39.50, au prêt-inter), elle est également membre d'associations et de groupes de bibliothécaires croates. Ses activités incluent toutes les missions de bibliothéconomie, récupération de données, colloques mensuels, formation, organisation de conférence et séminaire. Quelques services en ligne ont été développés pour les utilisateurs : service de prêt (SEND), Library Blog (nouvelles), site internet, OPAC, Pero (moteur de recherche pour revues électroniques).
 

Julije Bajamonti

 

Tout à la fois médecin, écrivain, compositeur, théoricien de la musique, historien, philosophe et encyclopédiste, Julije Bajamonti (Giulio Bajamonti en italien) est né à Split en 1744 et il est décédé dans la même ville en 1800. 

Né dans une famille bourgeoise de Split venue s'y installer en 1704 après avoir quitté Poreč, il étudia la médecine à Padoue et ensuite travailla comme médecin à Hvar et à Split. Il maria une roturière, ce qui lui valut d'être renié par sa famille et le contraignit à vivre et officier un certain temps à Kotor. Il eut pour fils Emil et pour fille Helena. Revenu de Kotor il travailla comme organiste et chef de choeur dans la cathédrale, plus tard il continua d'exercer la médecine. Très apprécié à Dubrovnik il avait noué une relation d'amitié avec Ruđer Bošković. 

Scientifique très éclectique, d'orientation libérale (en bon voltairien), il essuya les reproches d'une large frange de la bourgeoisie en raison de sa posture critique envers la société féodale et l'Eglise conservatrice. Ses textes portèrent aussi bien sur la médecine, l'histoire, l'archéologie, l'ethnologie, la linguistique, la philosophie, les sciences naturelles, la science de la navigation, l'économie ou encore l'agronomie. Il s'occupa également de chimie et d'astronomie. Il collecta des chansons et mélodies populaires ainsi que divers matériaux destinés à l'histoire de la Dalmatie et de Split aux XVIe et XVII siècles, de même que pour un dictionnaire encyclopédique et musical. Il écrivit quelque 150 compositions parmi lesquelles se détachent les symphonies Svečana glorija, Passio nelle domenica delle Palme, Rekvijem (cette dernière pour son ami Rudjer Boscovich) ainsi que l'oratorio La traslazione di San Doimo. Il rédigea un ouvrage sur l'histoire de Split ainsi qu'un livre sur la peste en Dalmatie dans lequel il exposa toute une série de faits expliquant les conditions sanitaires ayant régné en Dalmatie au XVIIIe siècle. Julije Bajamonti fut l'un des membres les plus distingués de l'Académie économique. 

Au moment de la chute de la République de Venise en 1797 il avait plaidé pour le rattachement de la Dalmatie à la Croatie du Nord. En 1797 il déclara dans un discours que l'Autriche était l'héritière de l'ancien état croate, et c'est en ce sens qu'il rencontra le frère Andrija Dorotić, fervent militant pour une union avec la Croatie. Il prétendait être un patriote illyrien et fit montre d'un intérêt prononcé pour la langue croate, les coutumes et traditions nationales.

On notera enfin qu'il s'était lié d'amitié avec Fortis et qu'il l'accompagna dans ses voyages au travers de la Dalmatie. Bajamonti lui fournit de précieuses informations sur l'histoire, les moeurs et croyances populaires ainsi que sur la vie des habitants de la Dalmatie.  

 

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"Le docteur Giulio Bajamonti publia à Venise, en 1786, la relation de la peste qui ravagea la Dalmatie depuis 1782, jusqu'en 1784. 

Au commencement de mai la peste éclata dans le gros bourg de Seinizza, à cent milles ou trente-trois lieues de Sarajo, capitale de ce district dans la Bosnie ; comme sa marche était lente et insidieuse, on la confondit d'abord avec les autres épidémies régnantes, et ce ne fut que vers la mi-juillet qu'elle développa son caractère en exerçant ses ravages avec la plus grande fureur. Le provéditeur général de la Dalmatie fit aussitôt former le cordon pour intercepter toute communication avec la Bosnie, d'où la peste avait gagné les autres provinces ottomanes jusqu'à Constantinople. 

Le gouvernement vénitien ayant envoyé une commission de médecins sur les confins de la Bosnie, ceux-ci n'allèrent pas plus avant, et déclarèrent malheureusement qu'il ne régnait aucune maladie pestilentielle dans ce pays ; en conséquence on fit lever la ligne de frontière, et la Dalmatie fut bientôt inondée de Bosniens et de Morlaques, que la disette, la peste ou le commerce avaient fait quitter leur province. Cependant on avait eu une lettre du docteur Caraman qui annonçait que la peste s'était déclarée à Sarajo, et spécialement dans les rues de Xiagrich et de Tribique, en quatre jours il était mort cent personnes avec des bubons et charbons. 

La contagion ne tarda point à se manifester dans la Dalmatie d'abord dans le district de Pogliza, entre Elissa et Spalatro, vers le milieu de juin 1783 ; elle s'étendit rapidement malgré la vigilance du provéditeur, par l'incurie et l'incrédulité du peuple. Elle régna jusqu'au mois de mars de 1784, et ne disparut qu'après avoir enlevé un dixième de la population. Elle s'annonçait par des frissons, douleur de tête et grande prostration des forces. Le second jour, éruption des anthrax sur les cuisses et des bubons aux aisselles et au cou ; amertume de la bouche, violens efforts pour vomir, altération notable de la voix et de la physionomie et mort. Les cadavres se couvraient de taches noires, et conservaient la flexibilité des membres. 

On faisait faire des frictions sur les bubons que l'on couvrait d'un cataplasme maturatif pour provoquer la suppuration ; on administrait des lavemens qui faisaient quelque fois sortir des vers. On tempérait les vomissemens et le spasme de l'estomac avec la confection alexipharmaque et la thrériaque. Dès que les bubons étaient enflammés et pointaient on en faisait l'ouverture que l'on pansait avec le dyachylon. On scarifiait promptement les anthrax, et on les pansait avec les escharotiques après les avoir fomentés avec l'eau de sureau et de camomille ; on donnait le quinquina intérieurement. 

A Spalatro il y eut deux mille deux cent soixante-et-un pestiférés, et il en mourut mille deux cent soixante-quatre. Soixante-trois familles furent éteintes."

 

Source : Jean Antoine François Ozanam, Histoire médicale générale et particulière des maladies épidémiques : contagieuses et épizootiques : qui ont régné en Europe depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Volume 4, Chez tous les libraires pour la médecine, Paris, 1835, pp. 40-41. 

Roman Simić

 

Si je prétends à quelque chose avec la littérature c'est de rappeler ce que nous avons perdu.


Roman Simić est un jeune écrivain que l'on voit émerger en Europe. Licencié en littérature comparée et en philologie espagnole à l'Université de Zagreb ainsi qu'éditeur de la revue littéraire "Relations" et de la collection "Langues vives" (Živi jezici), une anthologie de nouvelles européennes, il est par ailleurs organisateur du Festival de la nouvelle européenne, l'auteur de "Dans l'instant comme dans l'immensité sauvage", finaliste du prix littéraire Goran pour jeunes poètes, auteur des récits "L'endroit où nous allons passer la nuit" et "De quoi tombons-nous amoureux ?", ce dernier date de 2005 et a été publié en espagnol par la maison d'édition Baile del sol basée aux Canaries. Son oeuvre a été traduite en de nombreuses langues et pour l'instant il prépare son premier roman.

Eduardo Garcia Rojas : - Les nouveaux écrivains croates se sentent-ils tributaires de la riche tradition littéraire de leur pays ?

- La scène littéraire actuelle n'a rien à voir avec elle. Elle ne regarde pas le passé mais l'avenir. D'autre part, la scène littéraire croate est ouverte sur sa région et maintient des contacts avec la Serbie, la Bosnie, la Slovénie... Il est vrai que l'on considère la littérature croate comme la plus animée, mais je ne peux pas faire preuve d'un critère objectif dans cette analyse. Je peux seulement dire que mon impression est que durant les années 90, après la guerre, notre littérature s'est transformée du tout au tout. Une nouvelle génération d'écrivains est apparue qui ont changé le visage littéraire et ont introduit de nouveaux modèles pour présenter leurs oeuvres. Nous devons tenir compte de ce que la guerre a ruiné le réseau de publication qui existait, mais au travers d'initiatives basées sur l'idée qu'il existe un public croate en nombre qui souhaite lire de nouveaux auteurs nous sommes occupés à construire des choses qui, si elles peuvent à peine compter sur l'appui de l'Etat, ont révélé qu'il existe réellement des lecteurs croates pour acheter leur littérature. Cela a contribué à ce que certains jeunes auteurs se soient actuellement transformés en sorte de vedettes en Croatie parce que les médias ont accepté cette idée et ont collaboré à leur promotion. Cela signifie que maintenant il est normal qu'un écrivain apparaisse dans les médias, et nombre d'entre eux, du moins les plus importants, sont liés à ces mêmes médias. Si bien qu'il est possible de lire un auteur qui pratique la critique politique dans son rôle de journaliste alors qu'en même temps on le connaît sous sa facette d'écrivain.

- Un marché s'ouvre-t-il ?

- D'un côté nous comptons avec une qualité objective dans la littérature croate d'aujourd'hui, ce qui se passe est que l'on tente de trouver d'autres marchés qui ne soient pas les nôtres. Ou bien une façon de pénétrer dans de plus grandes langues. Sous cet aspect, pour notre littérature, la langue la plus importante est l'allemand parce que c'est la culture la plus ouverte sur nous. Bien davantage que l'anglaise, la française ou l'espagnole, de sorte qu'elle a été prise comme point de départ pour les grands auteurs croates.

- Vous considérez vous comme un auteur phare en Croatie?

- J'ai participé à des festivals littéraires et obtenu un prix important, plus concrètement celui qu'attribue le journal Jutarnji list, un des journaux les plus lus en Croatie, mais je n'apparais pas tous les jours dans les médias.

- Les Croates lisent-ils de la nouvelle littérature croate ?

- Oui, bien sûr. Je travaille dans une des plus grosses maisons d'édition en Croatie et même si la moitié de nos éditions sont des traductions d'ouvrages écrits par des auteurs à succès dans le monde entier, ces derniers temps les choses sont en train de changer. De toutes façons l'enthousiasme pour la littérature n'est pas aussi délirant que nous le souhaiterions, aussi les écrivains croates les plus vendus ne peuvent-ils rivaliser avec les oeuvres de Dan Brown pour prendre un exemple.

- Après la désintégration de la République yougoslave, jusqu'à quel point cette dispersion en nationalités s'est-elle reflétée dans la nouvelle littérature croate ?

- Au sortir de la guerre il était considéré peu populaire d'écrire sur la guerre elle-même. Et ce qui a été écrit semble être des textes qui, à mon avis, ont peu de valeur artistique. Il est néanmoins exact que peu nombreux sont les écrivains qui racontent la guerre au moment même où elle se produit, mais une fois celle-ci finie une nouvelle génération de créateurs littéraires a commencé à aborder la vie croate de l'après-guerre, ce qui a signifié un élément très important dans notre littérature. Maintenant ce catalogue s'enrichit et très différents sont les thèmes, les poétiques qui donnent leur interprétation de ce triste phénomène belliqueux.

- Et dans votre cas, que prétendez-vous refléter dans votre littérature ?

- Pour ma part je suis surtout intéressé par ce changement qui nous a touchés après la guerre, mais pas seulement dans notre vie, dans notre monde et notre pays mais plutôt à l'intérieur de nous-mêmes. Mon intérêt est de montrer ces signes de changement qui ne sont pas seulement extérieurs (les invalides, les maisons détruites) mais ce qu'a supposé cette destruction intérieure, ce qui vient de l'intérieur et que nous endurons tous. Dans "De quoi tombons-nous amoureux ?", le livre qu'a édité en espagnol la maison d'édition Baile de sol, j'avais voulu révéler cette inquiétude circonscrite à un espace privé comme l'est l'amour. Ma thèse, pour autant qu'il y ait thèse, est que les changements les plus importants se déroulent dans cet espace privé. Dans la façon dont nous aimons les autres. Mon idée est que si tu peux donner le change à un touriste espagnol alors qu'il est en train de boire un jus de fruit sur une terrasse en lui montrant que tu as surmonté les traumatismes de la guerre, lorsque tu t'enfermes dans ta maison et que tu communique avec ta partenaire ou tes enfants les choses changent. C'est une autre réalité. Je vis dans une société qui se trouve dans un état de quasi-schizophrénie, très semblable à cet état que décrit Yoram Kaniuk dans Adam ressuscité, un pays d'hommes forts qui luttent le jour durant mais qui pleurent une fois la nuit tombée. C'est ce qui me semble se produire dans les tripes de la société croates. D'une manière ou l'autre, je comprends que cette semence que nous conte Kaniuk est la même maladie dont nous les Croates souffrons.

- Mettez-vous un nom sur cette maladie ?

- Il me semble que la guerre nous a fait perdre bien des choses. Une d'entre elles est l'innocence, la capacité d'éprouver avec autrui sa perte. Je me rappelle que les premiers jours de la guerre apprendre la mort de quelqu'un que tu connaissais faisait l'effet d'un choc émotionnel mais au fur à mesure où le conflit est allé en progressant, il y en eut tant qu'il arrive un moment où tu vois la chose comme normale. Au début nous pensions que la guerre était une cause sainte, avec des idées dans le genre défendre la patrie et le foyer, quoique à un moment donné tu perds cela aussi. La guerre cesse d'être sainte et tu t'affliges d'observer comment il y a eu des gens qui au milieu de tout cela se sont enrichis au dépens des autres et sur les tombes de ceux qui ont péri. Alors surgit une immense rancoeur, et tout cela est au fondement de notre Etat. Et cette chose te transforme le regard et tu ne peux plus croire comme tu croyais auparavant.

- Dans les récits de "De quoi tombons-nous amoureux ? ", on trouve au-delà du désespoir beaucoup d'humour.

- Cet humour est un humour amer. Ce livre réunit diverses choses et il m'a beaucoup coûté de l'écrire parce qu'il capte des choses en moi telles que l'amour, le désespoir. Je ne crois pas, de toutes façons, à un désespoir qui n'aurait d'autre fin que lui-même, de sorte que j'ai besoin d'un contrepoids pour surmonter ce que j'ai perdu. C'est pourquoi je suis intéressé par les gens désespérés comme ceux qui éprouvent le drame de la perte. Si je prétends à quelque chose avec la littérature c'est que les gens se rappellent de ce qu'ils ont perdu.

- Quelles sont les relations avec d'autres écrivains de l'ex République de Yougoslavie ?

- Plus ou moins bonnes. Dans mon cas particulier, je communique assez bien avec les auteurs de ma génération, serbes, bosniaques et slovènes. Nous sommes très liés et nous nous connaissons les uns les autres. Le fait est que nous ne sommes qu'une partie de la scène. Il existe d'autres tendances au niveau des ministères culturels et des associations d'écrivains. Il y a eu des écrivains qui durant la guerre ont adopté des positions très radicales au travers desquelles ils se sont combattus les uns les autres avec leurs textes. Et tous ces écrivains font fi des littératures qui nous entourent. Pour cette raison, il me semble que notre génération se débrouille assez bien.

- Est-ce que la réalisation du Festival de la nouvelle européenne y a contribué, une rencontre dont vous êtes l'éditeur et l'organisateur.

- Chaque année nous le réalisons dans une ville distincte. La première fois ce fut à Zagreb, plus tard à Dubrovnik, etc. Quelque chose que nous avions voulu établir, parce qu'en Croatie la Culture est très centralisée. Il s'agissait précisément de la décentraliser, en offrant au public l'opportunité de bénéficier des meilleurs auteurs européens. La célébration se déroule dans la première semaine de juin et nous en sommes déjà à la huitième édition. Le festival a fini par se transformer en l'une des rencontres les plus riches et les plus joviales de Croatie, et tout cela sans prétendre organiser un grand festival mais plutôt quelque chose de très familial, qui serve pour que les écrivains fassent connaissance.

- Un nouveau livre ?

- Je suis en train de travailler sur un livre de nouvelles et parallèlement sur un roman mais ce dernier va tarder parce que j'ai deux fils. Les récits du livre, à la différence du premier édité par Baile del Sol,  qui est consacré aux amours naissantes, seront centrés sur la paternité. La responsabilité,  la famille et les relations entre fils et pères. Ce n'est pourtant pas un livre qui tourne autour de ces stéréotypes mais qui prétend interroger et analyser les choses bonnes et mauvaises que l'on ressent en étant père.

- J'ai l'impression que votre littérature en dépit de la perte subie aspire également à reconstruire. Ces thèmes se voient-ils également reflétés chez d'autres comparses de votre génération ?

- Oui, mais il existe des auteurs qui le font de manière différente. Certains parlent des effets de la guerre et de l'après-guerre mais d'une manière pleine de vitalité et d'un humour très noir. Il existe diverses lectures et manière de conter, de parler, et chacun d'entre nous s'efforce de trouver sa propre voix.

 Source : www.laopinion.es, le 16 novembre 2009.

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Au bord de la Kupa par Roman Simić

Eugen Kvaternik (1825-1871)

 

Politicien, écrivain, avocat et révolutionnaire croate. Eugen Kvaternik est né à Zagreb le 31 octobre 1825. Avant même d'avoir accompli ses 23 ans, il participa aux événements révolutionnaires qui secouèrent presque toute l'Europe durant l'année 1848. Il avait fait ses classes à Zagreb et à Rijeka et c'est à Senj et Pešt qu'il suivit des études de théologie. Rapidement il les avait remplacées par le droit dont il obtint le diplôme en 1847. 

S'opposant à l'absolutisme de Bach, Kvaternik fut forcé pour une première fois de quitter la Croatie en 1858. Il partit pour la Russie puis passa en France et en Italie. Conscient que son but politique et existentiel - libérer la Croatie de la communauté austro-hongroise et la rendre indépendante - ne pourrait se faire sans le secours de pays étrangers, il tenta de créer dans l'émigration une alliance qui aiderait la Croatie à devenir indépendante. 

Cependant, il ne rencontra pas le succès escompté et c'est déçu qu'il rentra en Croatie en 1861 pour y devenir député au Sabor. De pair avec le Dr Anton Starčević il fonda le Parti croate du Droit, une organisation politique qui se transforma en mouvement national favorable à une pleine indépendance vis-à-vis de l'Autriche et de la Hongrie. 

Ses penchants révolutionnaires le poussèrent bientôt à émigrer de nouveau pour plusieurs années. Revenu dans sa patrie, Eugen Kvaternik continua sa lutte en vue de libérer la Croatie du pouvoir étranger. Estimant qu'il ne pourrait y parvenir par la voie pacifique il se résolut à des moyens plus radicaux en optant en 1871 avec quelques amis pour une insurrection populaire. Conscient qu'un possible échec de la révolte compromettrait tout à fait Starčević et le Parti du Droit, il évita donc d'un informer son plus proche acolyte le Dr Ante Starčević. 

Dans ses préparatifs de révolte se joignirent à lui Ante Rakijaš, Ante Turkalj, Vjekoslav Bach, Petar Vrdoljak et les frères Čuić. La révolte populaire fut lancée le 8 octobre 1871, lorsque Kvaternik avec 200 habitants des Confins militaires sortit du village de Broćanac à Rakovica où devait se situer le siège du nouveau Gouvernement national croate dont la tête serait occupée par le Dr Starčević. 

Les conjurés dans une proclamation spéciale exposèrent leurs revendications : libération du peuple croate et son indépendance vis-à-vis du pouvoir austro-hongrois, l'égalité devant la loi, l'introduction des comitats libres, c'est-à-dire une complète autogestion des municipalités, l'abolition de l'administration militaire dans les Confins militaires ainsi que le respect et la prédication des religions catholique et orthodoxe "dans la concorde et l'amour". 

Rapidement l'armée autrichienne fut informée de ses intentions et elle encercla les rebelles. Après trois jours de soulèvement la révolte était étouffée. Tous furent tués à l'exception de Rade Čuić qui s'enfuit en Serbie via la Bosnie

La révolte populaire par laquelle Eugen Kvaternik avait tenté de rendre indépendante la Croatie par rapport à l'Autriche et la Hongrie venait de prendre fin le 11 octobre 1871 par la mort de son principal instigateur. Toutefois la révolte de Rakovica dans laquelle périt Eugen Kvaternik bénéficiera d'une influence capitale dans la lutte ultérieure du peuple croate contre la monarchie austro-hongroise. 

Source : sandraskanderlic.com

 

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"Au surplus, l'instruction publique et la culture que les Allemands autrichiens donnent à notre malheureux pays sont telles que peut les comprendre une foule de fonctionnaires qui ne connaissent ni la langue locale, ni les besoins intellectuels et moraux de la nation. N'oublions pas ici pourtant qu'il ne s'agit nullement, pour l'Autriche, d'instruire la Croatie, mais de la germaniser. Elle y parviendra sûrement, si un pareil état de choses dure encore quelques années ; car elle inonde chaque jour les villes et villages de financiers, d'employés, de gendarmes, de soldats, de sergents de police et d'espions, presque tous garçons et sans famille, afin de mieux démoraliser toute la société croate.

Peut-être, nous dira-t-on, le mouvement industriel et commercial doit être considérable en Croatie, par suite de la fertilité du sol et de ses riches productions. Cela devrait être, mais cela n'est pas. Le gouvernement autrichien a si bien fait, en repoussant tous les projets de chemins de fer qu'on a voulu souvent réaliser avec les capitaux du pays, qu'il n'y en a pas un seul ; et c'est ainsi qu'il a trouvé moyen d'anéantir, pour ainsi dire, les échanges internationaux, qui sont la propriété du monde entier

En 1857, il y eut, à Vienne, une exposition industrielle et générale de tous les produits des divers Etats de l'empereur d'Autriche. Or, presque toute la Croatie, depuis le Danube jusqu'à l'Albanie, est un pays viticole ; et ses vins sont renommés et très-recherchés. Nos producteurs s'empressèrent d'envoyer leurs produits à cette exposition ; mais on les rejeta sous prétexte que les vins naturels ne pouvaient pas être d'une aussi bonne qualité ; en réalité, parce que les vins autrichiens n'auraient pu soutenir aucune comparaison avec les vins croates. D'après cela, qu'on juge de notre état industriel et commercial sous le gouvernement bénin de l'Autriche. Ne faut-il pas protéger la production et l'industrie de l'archiduché d'Autriche, en anéantissant celles de toutes les autres contrées ?" 

Source : La Croatie et la confédération italienne par E. Kvaternik avec une introduction par Le Léouzon Le Duc - 1859, pp. 171-172.

 

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La Place Eugen Kvaternik à Zagreb (en croate Trg Eugena Kvaternika, également appelée Kvaternikov trg ou surnommée Kvaternjak ou Kvatrić par les gens du coin) est une place située à la limite des arrondissements de Maksimir, Gornji Grad-Medvešćak et Donji Grad. Elle marque l'intersection entre la rue Vlaška, la rue Dragutin Domjanić, la rue Maksimirska, l'Avenue Vjekoslav Heinzel et l'Avenue Pavao Šubić. La Place Eugen Kvaternik est l'une des plus fréquentées de Zagreb.

Elle a récemment été soumise à un large projet de rénovation. La place nouvellement aménagée comprend notamment un parking souterrain. Cette rénovation a néanmoins rencontré certaines résistances de la part des proches habitants.   

 

 

Slobodan Šnajder

 

Slobodan Šnajder est un grand dramaturge croate et yougoslave qui est marqué dans sa chair par l'histoire de son pays, l'ex-Yougoslavie. Ses oeuvres sont très engagées contre l'injustice, les violences, et contre toutes les sortes d'oppressions. 

Il est né en 1948 à Zagreb. Son père était un poète et sa mère une résistante communiste. Très tôt, Slobodan Šnajder a commencé une carrière exceptionnelle d'auteur dramatique. Après des études de philosophie et d'anglais, il a fondé la revue de théâtre Prolog qu'il a dirigée pendant quinze années. La naissance de cette revue coïncide avec le mouvement des étudiants en 1968. Le groupe des collaborateurs de Prilog exprimait l'idée d'unir théâtre et politique. Šnajder appartient à cette génération engagée dans les événements de 1968, qui a accusé les compagnons d'armes antifascistes de Tito d'avoir trahi leurs idéaux de liberté et d'égalité. 

Les héros des pièces de Slobodan Šnajder sont le plus souvent des poètes ou des grands personnages historiques qui incarnent à travers leurs propres tourments les tourmentes de leurs époques. L'auteur établit un dialogue entre les événements historiques et les mythes poétiques. Au centre de ses intérêts est la confrontation de la poésie et de la révolution. Pour lui, la poésie est l'émanation de la conscience de l'Homme qui cherche ses repères perdus et nous aide à trouver notre chemin. 

 

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AZRA : Na ovo mjesto uprte su sada mnoge oči ; svijeta gornjega, i oči sa svih strana našeg svijeta, po ruži vjetrova. Rodila sam zmiju (...) A bio mi je porod od srca, prem na početku mu i na kraju stoji bol. Kao i svaka majka, i ja sam znala što nosim pod srcem. Za dugih sati kad sve na Zemlji spi, ja sam razgovarala sa svojom zmijom. Kako su zimi naše noći duge, našlo se vremena i za ples. Jednom sam uhvatila krvavu posteljicu. Peć dobro se razgorjela, bilo je toplo, Zmija se svukla, kako to sve zmije čine, pak i one koje mi, zemaljske žene, nosim pod srcima. 

Zmijin svlak, p. 127. 

 

AZRA : De nombreux regards sont dirigés vers ce lieu ; on nous observe de l'en-haut et de l'en-bas ainsi que des quatre points cardinaux. Car j'ai donné le jour à un serpent. Et c'est le fruit de mes entrailles, bien que son origine ait été marquée par la douleur, comme le sera sa fin. Ainsi que toute mère, je savais ce que je portais sous mon coeur. Pendant les longues heures où tout le monde dormait, nous nous parlions, mon serpent et moi. Comme, en nos contrées, les nuits d'hiver n'ont pas de fin, nous avons même eu le temps de danser. Une fois, je me suis emparée de sa dépouille sanglante. Le poêle ronflait, il faisait chaud, il s'est déshabillé, à la manière dont le font tous les serpents, même ceux que nous portons, nous femmes, sous notre coeur. 

La Dépouille du serpent. 

 

 

Ivan Gundulić  ( ou Dživo Gundulić )

 

Poète né à Raguse en 1589 et mort dans la même ville en 1638. 

D'origine patricienne, il occupait de hautes fonctions dans le gouvernement de la République de Raguse. Auteur de poèmes d'amour et de drames en vers, il est surtout célèbre pour un poème religieux (Les Larmes du fils prodigue, 1622) et une pastorale patriotique (Dubravka, 1628). Catholique fervent et grand patriote dans l'esprit de la Contre-Réforme, il chante l'indépendance de Raguse. L'oeuvre la plus volumineuse de Gundulić, Osman, exprime ses idées chrétiennes et morales d'une part et nationales de l'autre. L'épopée Osman touche aux problèmes les plus graves de l'Europe d'alors : la position du monde slave et l'attitude des chrétiens vis-à-vis de l'Islam.

 

Objavi, Danice, jasni zrak objavi,

Čuj tihe vjetrice u ovoj Dubravi ; 

Pršat su počeli po listju zelenu 

Zovući dan bijeli i zoru rumenu. 

O zvijezdo, najdraži od neba uresu, 

Ukaži se, ukaži ! Raskoše tve gdje su ? 

Zuđena Danice, objavi se, objavi ! 

I zvijeri i ptice, svaki te glas slavi ;

Sve te oči gledaju i srca tva hlipe 

Da nas svijeh obsjaju svjetlosti tve lipe, 

Da nam prije svane dan, blagi dan svečani,

I žuđen i čekan u ovoj svoj strani. 

 

Le matin   (fragment)

 

Etoile du matin, qui la clarté ramènes, 

écoute les petits vents qui jouent dans ce Bois. 

Sur le vert feuillage a frissonné quelque chose

qui appelle le jour blanc et la rose aurore. 

Ô, Etoile, du ciel la plus belle parure, 

montre-toi, apparais, où sont tes purs joyaux ? 

Nous t'espérons, Etoile, viens, annonce-toi ! 

bêtes du ciel ou du sol, chaque voix te chante ; 

les yeux sont fixés sur toi, les coeurs te désirent ; 

que nous soyons illuminés par ta lumière, 

qu'il naisse au plus tôt, ce jour doux et solennel, 

tant désiré et attendu sur cette terre... 

 

Ivan Gundulić, Dubravka, ou le Bois.

Traduit par Janine Martillon. 

Recueilli dans La Poésie croate des origines à nos jours, Seghers, 1972.